Collège en progrès : un écran de fumée

Avant toute chose, force est de constater qu’au moment où il prétend lutter contre les inégalités et la grande difficulté scolaire, le ministre Geffray s’apprête, en réalité, à creuser les unes et aggraver l’autre en supprimant près de 4 000 postes d’enseignement à la rentrée 2026, dont 1365 dans les collèges et lycées.

Dans ces conditions, le dispositif « collèges en progrès » pourrait être résumé par une formule paraphrasant le slogan publicitaire d’une célèbre boisson sans alcool des années 1970 : « ça ressemble à de l’Éducation prioritaire, mais ce n’est pas de l’Éducation prioritaire ! ». 

Autrement dit, c’est un leurre, un écran de fumée visant d’abord à détourner l’attention du gel de la carte de l’Éducation prioritaire en lien avec le budget de guerre et d’austérité ! Mais pas seulement, puisqu’il s’agit au fond de poursuivre le démantèlement de l’École publique, des statuts et des missions de ses personnels. 

Les mesures parlent d’elles-mêmes : 

 une territorialisation toujours plus grande : selon le ministère, le dispositif « repose avant tout sur des réponses locales, construites au plus près du terrain », à partir d’un « diagnostic partagé » mené dans chaque établissement concerné et devant permettre de « bâtir une feuille de route pluriannuelle (sur 3 ans), assortie d’objectifs de progrès clairs et d’indicateurs de suivis », les « leviers d’action » pour remplir ces objectifs étant « laissés à l’initiative des établissements ». Afin de dresser le diagnostic et définir le « plan d’action », deux journées ou quatre demi-journées sont banalisées entre janvier et la fin de l’année scolaire pour faire plancher les personnels ; 

 un contrôle renforcé pour mettre au pas les équipes enseignantes : les recteurs disposent de tout un arsenal de dispositifs pour encadrer les personnels et surveiller au plus près la mise en œuvre des actions et la réalisation des objectifs contenus dans la « feuille de route pluriannuelle » : « une équipe ressource académique » composée notamment d’inspecteurs, de personnels de direction, de formateurs qui pourront assurer « une présence régulière » dans les établissements, le « Conseil académique des savoirs fondamentaux (CASF)» (instance mise en place en janvier 2023 et composée, à l’appréciation des recteurs, des directeurs académiques, inspecteurs, conseillers techniques…) qui assure un suivi pédagogique des établissements et analyse l’impact des actions menées sur les résultats des élèvesdes « échanges réguliers » entre les inspecteurs d’académie  et les chefs d’établissements« pour suivre l’avancée du plan d’action et aider à sa mise en œuvre », des « comités de pilotage » pouvant être « installés pour conduire un accompagnement de proximité »… 

 une remise en cause acharnée de la liberté pédagogique et de l’enseignement disciplinaire dans la continuité du « choc des savoirs » : les « leviers d’action » proposés consistent essentiellement à refourguer de vieilles recettes puisées dans l’attirail des contre-réformes précédentes comme le « choc des savoirs », et réduisant autant que possible l’enseignement disciplinaire et la liberté pédagogique, comme le « travail en petits groupes sur des compétences ciblées », la « co-intervention dans les classes », l’ « accompagnement renforcé en français et en mathématiques »… Ainsi, le ministère insiste-t-il sur la transversalité de l’accompagnement : « si des difficultés en écriture ou en calcul sont identifiées, elles doivent être travaillées dans toutes les disciplines, et pas uniquement en français ou en mathématiques »…

L’essentiel reste de faire porter aux personnels, qui doivent se débrouiller au quotidien avec la pénurie de moyens dans leurs établissements et avec des conditions de travail de plus en plus dégradées, la responsabilité exclusive des inégalités et de la grande difficulté scolaire, puis de leur expliquer comment mieux faire réussir les élèves sans disposer des postes, des heures, des classes nécessaires, qu’ils ne cessent pourtant de revendiquer pour remplir normalement leurs missions.

Contactez le syndicat pour vous aider à faire respecter votre temps de travail, vos missions, votre liberté pédagogique et pour vous aider à protéger votre santé :

Nom