Evaluation du Brevet : cachez ces notes qu’on ne saurait voir

Dans le cadre de la réforme du « choc des savoirs » mise en place par Gabriel Attal, celle-là même qui avait institué les groupes de besoin, une autre mesure va devenir effective en cette année scolaire, donnant lieu à une certaine forme d’agitation de la part de l’institution.  

Voulant « donner une véritable exigence » au DNB afin que celui-ci puisse « redevenir un étalon de mesure fiable », l’ancien ministre avait alors décidé qu’il serait mis fin aux correctifs académiques et que les points liés au contrôle continu seraient calculés à partir des moyennes des bulletins de troisième. Exit donc la conversion des compétences du socle commun en points et retour au système qui prévalait avant 2016, avec comme conséquence probable une baisse notable des résultats ; celle-ci n’est pas sans inquiéter les responsables académiques comme les chefs d’établissement qui sont particulièrement attentifs aux pourcentages de réussite des élèves. Cela a donc amené l’institution à se pencher sur la question de l’évaluation et la manière dont elle est pratiquée par les enseignants. 

Ainsi le ministère a publié un mémento dont l’un des objectifs est « d’accompagner le travail collectif des équipes pédagogiques afin de mettre en œuvre une évaluation du contrôle continu à la fois exigeante, équitable et transparente ». On retrouve ici deux principes qui vont se retrouver au centre des préconisations faites aux enseignants : c’est collectivement qu’il faudrait aborder la réflexion sur l’évaluation (en visant l’harmonisation des pratiques au sein des équipes) et le travail mené doit permettre d’instaurer l’équité de traitement entre les élèves, laissant penser que ce n’était pas le cas jusqu’à présent.

Il incombe ainsi aux chefs d’établissement la mise en place d’une concertation des enseignants sur ce sujet. Concrètement dans de nombreux collèges les équipes ont été amenées à devoir discuter par exemple d’un nombre minimum de notes permettant de considérer qu’une moyenne est représentative, de l’utilisation des coefficients, de la place à donner aux brevets blancs ou du rattrapage des contrôles manqués. Sur ce point particulier il est intéressant de noter que pour pallier l’éventualité d’un nombre de notes insuffisant, la solution proposée consiste à faire passer une unique évaluation qui tiendra lieu à elle seule de moyenne dans le bulletin.

  • Un PLE pour les collèges

Ces discussions ont très souvent donné lieu à la rédaction d’un document détaillant des règles quant à l’évaluation dont on ignore encore quelle utilisation en sera faite et notamment à quel point elles pourraient s’avérer contraignantes. Difficile de ne pas y voir l’équivalent pour les collèges du Plan Local d’Évaluation (PLE) mis en place dans les lycées depuis l’introduction d’une part de contrôle continu au baccalauréat, tant les similitudes sont nombreuses. Pour s’en convaincre il suffit de consulter une note de service d’août 2025 portant sur ce PLE, dans laquelle on peut lire par exemple : « [Le PLE] constitue un outil de réflexion sur les pratiques d’évaluation pour l’ensemble des professeurs de l’établissement […]. Le partage de critères communs d’évaluation garantit ainsi l’équité et la transparence […]. Ce travail collectif concilie harmonisation des pratiques par la définition de principes communs […]. » Cette note aborde également aborde de nombreux thèmes que l’on retrouve à l’identique dans le memento. 

Le ministère justifie cette démarche d’harmonisation par l’idée que « plus les principes de l’évaluation sont partagés au sein de la communauté éducative, plus ils sont robustes et lisibles pour les élèves et les familles. » et que la rédaction d’un PLE serait en ce sens sécurisant. Or depuis sa mise en place dans les lycées on a souvent constaté qu’il était utilisé pour remettre en cause l’expertise des enseignants et exposait ces derniers aux pressions aussi bien des directions d’établissement que des parents d’élèves, voire des élèves eux-mêmes. De plus le SNFOLC considère que les PLE, en formalisant le nombre de devoirs et les modalités d’évaluation, constituent une atteinte à la liberté pédagogique et vont à l’encontre du Code de l’Éducation, qui affirme que ce sont « les enseignants [qui] sont responsables de l’ensemble des activités scolaires des élèves » et qu’en particulier « ils procèdent à leur évaluation ». C’est pourquoi nous conseillons aux équipes d’éviter tant que possible de participer à la rédaction d’un tel document – ce n’est en rien une obligation – et si les pressions sont trop fortes de rester sur des considérations très généralistes.

  • L’ombre des taux de réussite au DNB

Enfin l’on peut se demander si en définissant l’équité par des critères d’évaluation uniformisés ou des devoirs identiques en nature et en nombre, le ministère ne confondrait pas celle-ci avec l’égalité – le memento évoque même l’harmonisation entre établissements. De plus l’équité a bon dos pour faire passer des mesures qui sont autant d’attaques à la liberté pédagogique et à l’expertise des enseignants, mais aussi pour faire accepter à ces derniers des pratiques dont l’objectif semble tout autre. Par exemple dans l’académie un webinaire a été organisé par les IPR de Lettres, intitulé « L’évaluation des élèves dans le cadre du DNB rénové ». Dès les premières minutes l’accent est mis sur les répercussions possibles du retour des moyennes au DNB, et l’on apprend que les services statistiques du rectorat tablent sur une chute du taux de réussite allant de 5% à 30% selon les établissements, tout simplement car le système des compétences était bien plus généreux et apportait plus de points que la moyenne ne l’aurait fait. Par la suite les IPR reprendront les éléments de langage du memento en affirmant qu’il faut s’accorder en équipe pour viser l’équité de traitement des candidats, ce qui impliquerait de combattre les trop grandes disparités d’un collègue à l’autre, là aussi semblant confondre équité avec égalité. Leurs propositions ? Ne pas compter toutes les évaluations dans la moyenne, en supprimant par exemple la note la plus basse au nom du droit à l’erreur ou en affectant un coefficient faible voire nul aux brevets blancs (« la note la plus terrible pour les élèves ! » diront-ils) ou encourager la pratique de l’autocorrection qui permet d’ajouter des points bonus sur une copie. Ils ont néanmoins estimé nécessaire de préciser que ces recommandations n’ont pas pour but de « surévaluer les élèves ou gonfler les moyennes artificiellement, bien au contraire ! » ; on pourrait pu en effet s’y méprendre.

Dans le même ordre d’idées, un principal de collège cherche à imposer cette année à ses équipes une forme d’évaluation dite stimulante et juste, le ministère et le rectorat de Strasbourg souhaitant selon lui une évolution « vers un modèle moins négatif et rabaissant ». Il propose entre autres donc l’instauration d’une note plancher en dessous de laquelle l’élève doit repasser obligatoirement le contrôle, et pour tenter de convaincre il n’hésite pas à affirmer qu’il faudrait « admettre que […] le fait de mettre de très mauvaises notes ne fait pas de nous de très bons professeurs ».

À travers ces exemples on voit bien que l’on s’éloigne de l’objectif initial – « la fiabilité de l’évaluation » – et de l’affirmation de l’ex-ministre Attal : « Les professeurs, par leur compétence et leur expertise en matière d’évaluation, sont les mieux placés pour rendre compte du niveau réel des élèves. » ; ce n’est en effet pas vraiment de la confiance qui transparaît derrière ces injonctions à revoir notre manière d’évaluer. Il faut de plus savoir qu’augmenter la moyenne annuelle d’un élève dans une matière de deux points ne lui ferait gagner que 0,07 points dans sa note finale au DNB, et que des commissions d’harmonisation se pencheront sur les moyennes du contrôle continu avant les écrits, pouvant proposer des modifications « à la hausse ou à la baisse », là encore pour garantir l’équité ; on a déjà une idée du sens dans lequel se fera cette harmonisation.


Dès lors les enseignants doivent-ils alourdir leur charge de travail sur cette question pour un gain presque nul et au risque d’égratigner au passage leur liberté pédagogique ? Le SNFOLC conseille plutôt de faire comme cela se pratiquait avant 2016 : on fait confiance aux enseignants et on ne leur demande pas de couper les cheveux en quatre.