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Menaces sur la liberté pédagogique

Les attaques contre la liberté pédagogique semblaient pour le moment se cantonner au lycée, où sont mis en place, depuis un an, les « projets locaux d’évaluation » élaborés dans le cadre d’un travail forcément « collégial » et censés s’appliquer aux disciplines en contrôle continu mais qu’on tend à imposer à toutes les disciplines du tronc commun du cycle terminal. Attaché à la dite liberté pédagogique, le SNFOLC dénonce bien évidemment cette tentative supplémentaire de caporalisation du corps enseignant.

Mais voici que de zélés personnels de direction tentent d’imposer la même approche au collège, devançant sans doute les injonctions de l’institution, certainement mûs par des considérations de carrière. Ainsi, certains d’entre eux se sont-ils mis en tête d’interdire le 0 pour travail non rendu. Si cette question peut sembler anodine, il n’en est rien : c’est une véritable délégitimisation du personnel enseignant, et un énième mésinterprétation de la notion de « bienveillance ».

Une telle disposition, si elle était adoptée dans les établissements, n’en serait pas moins irrégulière. En effet, le code de l’éducation en son article 912-1 stipule que les enseignants sont « responsables de l’ensemble des activités scolaires des élèves » et qu’ils « procèdent à leur évaluation ».

La question du 0 est abordée dans une circulaire datant de juillet 2000. Elle comportait la disposition suivante « il n’est pas permis de baisser la note d’un devoir en raison du comportement d’un élève ou d’une absence injustifiée. Les zéros doivent être proscrits » Ses termes étant quelque peu ambigus, elle a été complétée par une note du ministère envoyée aux recteurs le 20 février 2001, qui affirme ceci : « Cette disposition, qui établit une distinction claire entre évaluation pédagogique et domaine disciplinaire, ne signifie en aucune manière que les zéros doivent disparaître de l’évaluation du travail scolaire.
Un
devoir non remis sans excuse valable, une copie blanche rendue le jour du contrôle, une copie manifestement entachée de tricherie, ou encore un travail dont les résultats sont objectivement nuls, peuvent justifier qu’on y ait recours.
L’évaluation du travail scolaire, domaine qui relève de la responsabilité pédagogique propre des enseignants, ne peut être contestée, car elle est fondée sur leur compétence disciplinaire ».

Le dernier texte en date évoquant la question est la circulaire n° 2014-059 du 27-5-2014 qui réaffirme le principe suivant :  « pour rappel, la note zéro infligée à un élève en raison de motif exclusivement disciplinaire est proscrite ».

Le SNFOLC considère par conséquent qu’aucun texte ne permet d’interdire le 0 pour travail non rendu et que l’évaluation des élèves est une prérogative du personnel enseignant, conformément aux textes actuellement en vigueur. Il s’oppose à toute forme de dévoiement de la liberté pédagogique. Si vous constatiez une telle dérive dans votre établissement, faites valoir le droit dans les conseils pédagogiques ou d’administration et pensez à nous en informer.

Par François Blondel, membre du bureau du SNFOLC 68